Réflexions agrosystémiques

Réflexions agrosystémiques

A propos du blog

Fragments d'essai sur les systèmes agraires, en annexe du site de l'agronome philosophe

Turbulences agraires des biocarburants

Systèmes agrairesPosté par opdecamp 11 juin, 2007 10:50

L'engouement mondial pour les cultures énergétiques provoquent des tensions sur les prix de denrées alimentaires comme le maïs et de la tortilla au Mexique, l'orge et la bière en Allemagne, le soja et peut-être bientôt le blé et le pain (1, 2). Des cultures industrielles comme la canne à sucre au Brésil, la betterave et le colza en Europe ou encore le palmier à huile en Indonésie connaissent aussi une extension pour produire du bioéthanol à partir du sucre ou du biodiesel à partir de l'huile. Il en résulte des turbulences agraires jugées alarmantes par certains médias et associations écologistes principalement par les nouvelles menaces ainsi posées sur les forêts tropicales. Au Brésil, la canne à sucre ne semble cependant pas s'étendre directement aux dépens de la forêt amazonienne ni même du Cerrado, la savane boisée (3). Par contre, elle se substitue aux pâturages et autres productions agricoles qui se déplacent alors effectivement vers le Cerrado et la forêt. L'effet serait donc indirect selon un schéma classique que les spéculations les plus rentables occupent les meilleures terres, tandis que les autres doivent se contenter de sols plus marginaux. Le Cerrado et la forêt amazonienne sont dominés par des sols (très) acides peu fertiles contrairement à ce qu'affirme le WWF dans l'article (3). C'est la confusion classique d'évaluer d'autant plus favorablement la fertilité des sols que les écosystèmes sont plus biodiversifiés (le contraire est de rigueur). Il en résulte donc que ces turbulences agraires au Brésil engendreront probablement des pertes de productivité alimentaires via un élevage plus extensif et une marginalisation des productivités vivrières pour la petite paysannerie. L'autosuffisance alimentaire risque donc clairement d'être mise en péril.

En Indonésie par contre, le palmier à huile s'étendrait directement aux détriments de la forêt tropicale et le biodiesel lui donnerait de nouveaux coups de butoir. Cependant, c'est l'exploitation du bois exotique des sites à haute biodiversité qui semblent motiver ces turbulences et non de nouvelles plantations de palmier à huile (4). Ces dernières ne semblent en effet autorisées que dans des zones qui auraient été ciblées pour leur "haute valeur" écologique. Et comme signalé avant, ces zones seraient de fertilité très marginale sans doute peu propices à des productions rentables de palmeraies.

___________________

(1) Le Point n°1806; Laser Sciences; 26.04.2007. Biocarburants: rouler ou manger. Gwendoline dos Santos.

(2) Nouvelobs.com; 9.05.2007. Biocarburants: comment éviter les dérapages. Cécile Dumas, (Sciences et Avenir.com)

(3) Courrier international n°864; 24 au 30.05.2007. Biocarburants: l'arnaque. Tim Webb (Extraits The independent on sunday).

(4) Courrier international n°864; 24 au 30.05.2007. La palme de l'horreur. Ian MacKinnon (The Guardian).

  • Commentaires(0)//blog.agrophil.org/#post14