Réflexions agrosystémiques

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Fragments d'essai sur les systèmes agraires, en annexe du site de l'agronome philosophe

Pédopaysage agraire

Systèmes agrairesPosté par opdecamp 06 févr., 2014 16:13

Dans la continuité du post précédent, le concept de pédopaysage est proposé comme spécifique à un système agraire (SA) et réciproquement. Comme tel, il est dénommé pédopaysage agraire et devient à la fois un nouveau concept et un modèle de la réalité de terrain d'un SA. Le pédopaysage agraire est intégré au SA pour représenter une réalité concrète et complète, un objet en tant que portion finie de l'écosphère.

Le pédopaysage comme concept général est défini par GIRARD & GIRARD (2010). Il désigne une organisation déterminée par une distribution spatiale spécifique d'horizons pédologiques développés dans un ou plusieurs matériaux parentaux des sols. Le pédopaysage se développe sous l'action d'un ensemble de facteurs ou variables dynamiques associées ou dérivées de la géomorphologie, du climat, de la végétation et des effets anthropiques. Les unités constitutives d'un pédopaysage correspondent à une ou plusieurs unités typologiques contiguës de sol dans une ou plusieurs unités géomorphologiques (UG).

Le pédopaysage est considéré comme un "système pédologique". DOSSO et al. (2000) relèvent l'intérêt d'une double approche système pédologique/système agraire dans l'étude de l'interaction Homme/Sol. Ils en proposent deux exemples, l'un relatif à une mise en valeur agricole récente dans l'état de Parana au Brésil, l'autre d'une mise en valeur agricole ancienne dans un interfluve des Monts du Forez au centre de la France. Le système pédologique (ou pédopaysage) y est considéré dans sa réalité comme un ensemble de "différents volumes de la couverture pédologique liés par une même dynamique évolutive" et en tant que concept permettant "de décrire et d'analyser à la fois la diversité régionale des différents types de sols et leur dynamique". Quant au système agraire, il est considéré alors dans sa réalité "à partir des trois pôles qui le constituent: le milieu mis en valeur, la société qui l'exploite, et ses acquis techniques". Ces auteurs présentent les systèmes pédologiques et les systèmes agraires comme des réalités et des concepts différents mais pas distincts ou indépendants (Philippe JOUVE, communication par e-mail du 6 décembre 2013).

Les images satellitales permettent de délimiter de plus en plus finement les variables paysagères aussi appelées covariables (corp) du sol par LAGACHERIE et al. (2013), avec l'aide éventuelle de cartes de végétation, de cartes topographiques et de cartes géologiques. En cartographie numérique des sols, les variables paysagères sont utilisées en relation avec les données pédologiques. L'interprétation d'une image satellitale peut être effectuée à l'aide d'un système d'information géographique (SIG). Ce dernier permet d'intégrer et synthétiser des informations numériques acquises à diverses échelles ou résolutions pour définir une esquisse de "stratification paysagique".

Les variables d'état (d'équilibre), dites "corban" selon McBARTNEY et al. (2003), correspondent aux facteurs classiques de formation des sols, et comportent les covariables "corp" ou variables paysagères définies comme suit:

c, comme "climate", climat;

o, comme "organisms", utilisation/occupation du sol, végétation naturelle incluse;

r, comme "relief", c'est-à-dire la topographie et les formes de relief (->UG);

p, comme "parent material", ou roche mère pédologique/géologique (lithologie);

a, comme "age", c'est-à-dire le facteur temps (de formation du sol) et

n symbolise la position géographique, spatiale du point considéré.

Ce modèle dérive de la fonction "corpt" (Climate, Organisms, Relief, Parent material, Time) de JENNY (1941), décrivant la différenciation du sol d'après les 5 variables d'état ou facteurs pédogénétiques précités et où le temps (t) est équivalent à l'âge (a). Cette fonction se formule comme suit: S = f(corpt) où S désigne un sol ou une propriété d'un sol. Si les autres variables sont constantes, on peut définir des climofonctions S=f(c), des biofonctions S=f(o), des topofonctions S=f(r), des lithofonctions S=f(p) ou en encore des chronofonctions S=f(t).

Si l'on considère le SA comme situé dans un emboîtement d'échelles tel que représenté à la figure 1 du post35, le climat devient quasi constant (même zone écoclimatique). D'autre part, les gammes de variation retrécissent pour les biofonctions (même système agroécologique), ainsi que pour les topofonctions, lithofonctions et chronofonctions (même entité géomorphologique). Il subsiste alors des intervalles limités pour les covariables du sol. A savoir, au niveau d'une entité géomorphologique, plusieurs positions topographiques dans les diverses formes de relief des unités géomorphologiques; et au niveau d'un système agroécologique, plusieurs modes de gestion socio-économique des faunes et flores spécifiques de la zone écoclimatique et des microclimats de niches écologiques. Le pédopaysage agraire se compose ainsi de plusieurs unités de sol associées à autant d'unités gémomorphologiques et d'utilisations spécifiques.

A propos de la biofonction, McBARTNEY et al. (op.cit.) signalent d'abord qu'il ne semble pas établi que ce soit la flore naturelle ou domestiquée qui constitue la variable indépendante. Il est souvent plutôt considéré que c'est le sol qui détermine la végétation et non l'inverse. Il y a lieu aussi d'inclure l'action anthropique dans les biofonctions, qui interagit avec le sol au niveau de sa qualité et de ses dégradations éventuelles. En conséquence, ces auteurs n'établissent pas de sens de causalité entre le sol et la biologie ou l'agronomie, la relation est réversible:

o=g(S) et S=g-1(o)=f(o).

L'approche implicite des sols par les agronomes dans les systèmes de culture (SC) et d'élevage (SE) peut donc être mise en coïncidence avec celle des biofonctions des pédologues du modèle (corpt). Une échelle commune de SA est ainsi générée pour des agropédologues sous réserve toutefois d'encore définir le concept de système forestier (SF). Les biofonctions deviennent des agrofonctions caractéristiques de chaque SA:

Si=fi(SCi), avec i variant de 1 à n systèmes de cultures et types de sol correspondants;

Sj=fj(SEj), j variant de 1 à m systèmes d'élevage et et types de sol correspondants;

Sk=fk(SFk), k variant de 1 à p systèmes forestiers et types de sol correspondants.

Schéma d'une coïncidence complète entre les concepts des agronomes et des pédologues pour (ré)unifier de manière explicite le pédopaysage agraire avec le système agraire.

Références bibliographiques

DOSSO M., E. BOUSQUET, M. DAVERAT, S. HOLVECK, O. PHILIPPON, P. JOUVE., A. RUELLAN, P. CURMI, M. Grimaldi, F. GUIMARAES et T. RALISCH; 2000. Systèmes pédologiques et systèmes agraires: la rencontre entre deux temps. In: "Le temps de l'environnement", Barrué-Pastor M. (ed.),Bertrand G. (ed.), Toulouse: Presses Universitaires du Mirail: 425-435.

GIRARD M.-C. et C.-M. GIRARD; 2010. Traitement des données de télédétection - 2ème édition - Environnement et ressources naturelles. Dunod (2ème édition): 576 p.

JENNY H.; 1941. Factors of soil formation, a system of quantitative pedology. McGraw-Hill, New York.

LAGACHERIE P., D. ARROUAYS et C. WALTER; 2013. Cartographie numérique des sols : principe, mise en œuvre et potentialités. Etude et Gestion des Sols, vol. 20, 1: 83-98. Document pdf

McBRATNEY A.B., M.L. MENDOCA SANTOS and B. MINASNY; 2003. On digital soil mapping. Geoderma 117: 3-52.



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