Réflexions agrosystémiques

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Fragments d'essai sur les systèmes agraires, en annexe du site de l'agronome philosophe

Système de pâturage (SP) et d'élevage (SE)

Systèmes agrairesPosté par opdecamp 13 mars, 2014 10:49

Je définis le système de pâturage (SP) comme une unité ou partie de pédopaysage dans laquelle une ou plusieurs unités de groupement végétal spécifique et pérenne, herbeux ou arbustif, sert au pâturage d'un ou plusieurs troupeaux de bovins, ovins ou caprins. Le SP a donc une triple constitution: "sol-végétation-troupeau". Il s'agit d'un type de terre fourragère "non arable", exploité comme pâturage de manière plus ou moins intensive par des éleveurs itinérants ou nomades ou par des agro-éleveurs sédentaires. Le SP fait partie comme tel de la SAU (surface agricole utile).

La distinction entre SP et SC (système de culture) se base sur la pérennité d'un groupement végétal naturel plus ou moins modifié selon la charge de bétail et l'entretien anthropique. Les jachères pâturées et prairies pâturées d'une durée de plus de 5 ans sont également incluses dans le SP. Par contre, les prairies fauchées et les pâturages temporaires de moins de 5 ans sont incluses dans le SC.

Le SP est donc surtout constitué de pâturages permanents dont la FAO (2008) produit le graphique de superficie relative selon les grandes régions géographiques du monde. Ce graphique est reproduit à la figure 1. Le SP ainsi conçu ne fait partie que de certains systèmes d'élevage (SE).

Figure 1. Pourcentage des pâturages permanents sur le total des terres agricoles (SAU). Source: FAO (2008)

COCHET et DEVIENNE (2006) centrent le concept de SE sur le troupeau ou une partie de celui-ci. Il considèrent le SE comme une organisation d'éléments interactifs en vue de valoriser des ressources par l’intermédiaire d’animaux domestiques pour en obtenir des productions variées (lait, viande, cuirs et peaux, fibres, travail, fumure, etc.) ou pour répondre encore à d’autres objectifs. Le SE est caractérisé par un certain nombre de pratiques de conduite et d’exploitation, étroitement liées dans l’espace et dans le temps tels que le calendrier fourrager qui en est une clé de voûte. Pour ces auteurs, système de culture et d'élevage sont liés dans le concept de système de production.

Pour PACAUD (2007) le SE est un concept comportant 3 points de vue: (1) zootechnique, focalisé sur les processus biotechniques mis en jeu dans la production animale; (2) économique, centré sur les processus technologiques, les relations sociales et les conventions économiques au sein des filières de commercialisation; (3) géographique, intéressé aux processus spatiaux propres au territoire. C'est ce dernier point de vue, géographique et écologique qui est adopté aussi dans le concept plus restreint de système de pâturage (SP) proposé. Ces 3 points de vue du SE sont représentés schématiquement à la figure 2.

Figure 2. Trois points de vue sur le système d’élevage, d'après LANDAIS & BONNEMAIRE (1996) avec le point de vue correspondant au SP proposé surligné en jaune.

SERE & STEINFELD (1996) proposent une définition économique du SE comme un sous-système de production agricole dans lequel l'élevage contribue pour plus de 10% de la valeur des produits ou contribue à plus de 10% de la valeur des intrants en termes de fumure ou de force de traction. Ils en proposent aussi une classification mondiale selon qu'ils soient purs ou mixtes. Dans les SE purs, 2 grands types très contrastés: les SE "hors-sol" et les SE "herbagers". Les SE mixtes sont associés à des SC en pluvial ou en irrigué. Une dizaine de zones agroécologiques ou d'agro-écozones servent ensuite à la distinction de sous-types.
Les SE purs hors-sols ne font l'objet d'une utilisation des sols que dans la valorisation externalisée de leurs effluents comme engrais azotés. Ils sont orientés vers une production très intensive de viande & oeufs par des monogastriques et de viande par les ruminants (boeuf). Leur place dans les systèmes agraires (SA) est dès lors insignifiante, limitée aux bâtiments et limitée dans leur fonctionnement par les apports d'effluents aux SC et SP d'autres exploitants éventuels.
Les SE purs herbagers s'appuient sur des SP dont la charge est inférieure à 10 unités de bétail par hectare et sur une alimentation fourragère issue pour plus de 10% de SC (jachères, résidus de récolte, prairies temporaires, etc.). A titre d'exemples, sont compris dans ce grand type de SE celui des steppes de Mongolie (caprins, ovins, camélidés) ou des Llanos du Venezuela et de Colombie.

SP bovin des Llanos au Venezuela (Source) et SP caprin des steppes de Mongolie [Source: Blanc et al. (2013)].

Les SE mixtes pluviaux sont les mieux représentés dans les pays développés du Nord.

SE mixte avec bovins (viande) en France (Source).

C'est en Asie que dominent largement les SE mixtes irrigués.

SE mixte avec buffles d'eau aux Philippines (Source)

THEWIS et al. (2005) esquissent quelques SP itinérants de savanes, principalement en zone guinéenne (800 à 2.000 mm de précipitations annuelles), en transition avec la forêt tropicale humide. Ces savanes pâturées sont caractérisées par un couvert herbacé entre 0,8 et 2,5 m de hauteur. Elles sont dominées par des graminées vivaces et des plantes ligneuses en proportion variables (forêt claire, savane arborée, savane arbustive). Voici quelques grands types de SP rencontrés, parcourus par des troupeaux bovins de races trypanotolérantes (N'dama par exemple) dont l'effectif global avoisine les 30 millions de têtes:

- SP dérivé de l'association à Hyparrhenia diplandra et Panicum phragmitoides des sols profonds à bonne économie en eau;
- SP à Loudetia arundinacea et Loudetia simplex des sols plus secs, superficiels, en pente ou graveleux; SP à Loudetia simplex, Andropogon fastigiatus, Microchloa indica et Ctenium newtonii des sols très superficiels et secs;
- SP à graminées tolérantes à l'hydromorphie des sols de dépression comme Loudetiopsis ambiens, Digitaria diagonalis et Setaria longiseta avec une présence fréquente du palmier rônier (Borassus aethiopium).

Ces types de SP sont très extensifs et exigent la pratique des feux courants pour favoriser les repousses herbacées et limiter l'embroussaillement. Le fonctionnement pastoral traditionnel caractérise aussi des zones semi-arides et se caractérise par un régime foncier communautaire.

Savanes de l'Horombe à Madagascar (Source).
Pratique des feux dans les savanes de l'Horombe à Madagascar (Source).

Le fonctionnement en mode industriel de ranching est quant à lui basé sur la propriété privée avec des troupeaux de 1.000 à 30.000 UBT (Unité de Bétail Tropical = 250kg) sur des superficies de 20.000 à 350.000 ha (Cerrado du Brésil par exemple). Les animaux sont commercialisés pour la viande. THEWIS et al. (op. cit.) indiquent qu'un ranch est subdivisé en parcs ou paddocks clôturés. Chaque parc se subdivise en 4 parcelles séparées par des coupes-feu, comme illustré dans la figure 3. Une parcelle est mise en défens toute l'année, les 3 autres sont mises à feu successivement en fin de saison sèche, en petite saison sèche et en début de saison sèche. Les parcelles comprennent des blocs de pâture pour des lots de 200 à 400 animaux de même catégorie sous la supervision de 2 à 3 bouviers.

Figure 3. Parcelles et parcs (paddocks) d'un ranch. Source: THEWIS et al. (2005)

Dans ces immense étendues de SP, les relations entre groupements végétaux et unités de pédopaysage peuvent se révéler assez imprécises ou mal définies, à l'image du mode d'élevage qui "survole" en quelque sorte plusieurs contraintes édaphiques particulières. L'allotement (gestion en lots) des troupeaux peut cependant tenir compte de l'hétérogénéité des peuplements végétaux et des unités pédopaysagères correspondantes. On peut émettre l'hypothèse qu'à mesure que l'agriculture ou la sylviculture s'intensifient, elles se précisent dans l'utilisation des unités pédopaysagères. L'avènement de l'agriculture de précision au niveau des systèmes de culture (SC) marque même la prise en compte d'hétérogénéités de fertilité du sol au niveau intra-parcellaire, plus fines parfois que les subtiles distinctions des référentiels pédologiques.

Références bibliographiques.

BLANC M., C. ORIOL et S. DEVIENNE; 2013. Un siècle d’évolution du système pastoral de la steppe désertique de Mongolie: diminution de la mobilité des troupeaux, dérégulation de l’accès aux parcours et crise de surpâturage, In: Études mongoles et sibériennes, centrasiatiques et tibétaines, consulté en ligne le 10 mars 2014.

COCHET, H. et S. DEVIENNE; 2006. Fonctionnement et performances économiques des systèmes de production agricole: une démarche à l’échelle régionale. Cah. Agric. 15, 6: 578-583.

FAO; 2008. L’état des ressources zoogénétiques pour l’alimentation et l’agriculture dans le monde , édité par Barbara Rischkowsky et Dafydd Pilling. Rome. Document pdf: <ftp://ftp.fao.org/docrep/fao/011/a1250f/a1250f.pdf>

LANDAIS, E et J. BONNEMAIRE; 1996. La zootechnie, art ou science? entre nature et société, l'histoire exemplaire d'une discipline finalisée. Courrier de l'Environnement de l'INRA 27: 23-44.

PACAUD, T.; 2007. Modélisation des systèmes d'élevage: synthèse bibliographique. TRANS: 63p. PDF télécharché le 21.11.2013

SERE C. & H. STEINFELD; 1996. World livestock production systems: current status, issues and trends (Systèmes de production animale dans le monde : état actuel, problèmes et tendances). Animal production and health , article n°127. FAO. Rome. Document pdf

THEWIS, A., A. BOURBOUZE, J. HARDOUIN, J. DUPLAN et R. COMPERE; 2005. Manuel de zootechnie comparée Nord-Sud. Ed. INRA-QUAE: 637 p.



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