Réflexions agrosystémiques

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Fragments d'essai sur les systèmes agraires, en annexe du site de l'agronome philosophe

Mutations agraires en landes de Gascogne

Systèmes agrairesPosté par opdecamp 22 sept., 2016 09:02

Les niveaux de la nappe phréatique et son drainage naturel ou artificiel discriminent les landes humides, sèches et mésophiles dans le grand ensemble paysagique des landes de Gascogne. La lande humide occupe les sommets quasi-horizontaux du plateau qui sont mal drainés par l'Eyre, le Ciron et leurs ruisseaux affluents dans le département de la Gironde. Ces sommets formaient de vastes marécages en automne-hiver, localement tourbeux, et dont l'eau ne s'évacuait pratiquement que par évapotranspiration.

Extension approximative de la lande humide. Source: Louis PAPY (1977)

La lande humide est l'ancien domaine du Saltus, des parcours à moutons. PAPY (1977) indique que le sable repose sur un complexe fluviatile plio-quaternaire de sables et graviers intercalés d'argiles. Ces dernières constituent le niveau imperméable et lorsqu'elles affleurent, elles peuvent fragmenter la nappe.

Les interfluves forment le sommet du plateau mais aussi ses versants peu inclinés et parfois très larges où se déploie alors la lande semi-humide qualifiée aussi de "mésophile". Elle constitue une transition progressive ou diffuse vers la lande sèche constamment bien drainée à proximité des cours d'eau.

Lande humide à mésophile et lande sèche dans le secteur de la Grande Leyre et de la Petite Leyre. Source: TRICHET et al. (1999)

TRICHET et al. (1999) précisent que c'est dans la lande mésophile que les podzols présentent un "alios" car ce dernier nécessite pour sa formation et son induration une alternance de phases humides (mobilisation du fer dans sa forme réduite) et de phases sèches (précipitation du fer oxydé).

La lande humide est pratiquement inondée en automne-hiver et PAPY (op. cit.) rappelle que les gens du pays y ont creusé dès le XVIIIe siècle des fossés de drainage dénommés "crastes" qui se déversent dans les rivières. Le but étant de conquérir de nouvelles terres pour les cultures ou le "pignada" (pinède). L'Ager et la Silva "artificielle" de sylviculture conquéraient ainsi le Saltus (semi-naturel).

Photo de craste: fossé de drainage en lande humide. Source: http://monumerique.aquitaine.fr/2010-2011/louisdefoix/case05.html

PAPY (op. cit.) relate l'évolution de la lande humide et mésophile. Suite à la loi de 1857 (Napoléon III), les communes se voient obligées d'assainir et d'ensemencer les communs du Saltus avec le pin, de même pour les propriétaires fonciers, tandis que le Service de l'Hydraulique creuse les fossés d'écoulement les plus importants. Cependant l'élevage des ovins subsista sous forêt jusqu'à la fin de la guerre 1914-1918 (PAPY, op. cit.). Ensuite le massif sylvicole se dégrade: mauvais entretiens des crastes et inondations subséquentes, incendies qui détruisent la forêt de la lande humide entre 1937 et 1952. Un plan de sauvegarde de Labouheyre est conçu en 1949 avec réhabilitation des fossés et organisation de la protection anti-incendie. De nouvelles dégradations apparaissent cependant lorsque les fossés traversent des bancs d'alios: formations de chutes qui reculent vers l'amont et encaissement des ruisseaux parfois de plusieurs mètres. Ce n'est qu'à partir de 1964 que des "barrages-seuils" efficaces y remédient et que la réhabilitation du massif forestier réussit.

Pour l'Ager, PAPY (op.cit.) distingue trois étapes. Elles se déroulent pour l'essentiel dans le département des Landes plutôt que dans celui de la Gironde:
- après 1949, de vastes domaines pionniers d'élevage intensif basés sur le maïs et les bovins reçoivent l'appui des Services Agricoles à Solférino et Labouheyre;
- de 1958 à 1968, 8.000 ha sont défrichés pour installer des unités d'exploitation familiales de 70 ha;
- à partir de 1966, de grandes parcelles plus au moins inondées sont acquises pour implanter des domaines de plusieurs centaines d'hectares toujours voués au maïs et à l'élevage bovin, et soutenus par de puissants moyens financiers, permettant la mécanisation, la fertilisation minérale, le drainage et même l'irrigation par aspersion à l'aide de pompages dans la nappe superficielle.

Ces dynamiques ont mis un terme au système agropastoral traditionnel d'avant la loi de 1857 schématisée ci-dessous.
Le système agro-pastoral traditionnel d'avant la loi de 1857. Source: MONTFERRAND (2014)

Références citées:

MONTFERRAND Christophe; 2014: L'airial landais: un habitat durable qui n'a guère duré tout en modelant encore le paysage local. http://crdp.ac-bordeaux.fr/edd/academie/Airial.pdf

PAPY Louis; 1977: "Les Landes de Gascogne: la maîtrise de l'eau dans la lande humide", in: Norois, n°95 ter, Novembre 1977, Géographie rurale. pp. 199-210, http://www.persee.fr/doc/noroi_0029-182x_1977_num_95_3_3648

TRICHET P., JOLIVET Cl., ARROUAYS D, LOUSTAU D., BERT D. et RANGER J.; 1999: "Le maintien de la fertilité des sols forestiers landais dans le cadre de la sylviculture intensive du pin maritime. Revue bibliographique et identification des pistes de recherche", Études et gestion des sols (EGS), 6, 4: pp. 197-214, http://www.gessol.fr/sites/default/files/Trichet_1999_EGS_Le-maintien-de-la-fertilite-des-sols-forestiers-landais.pdf









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