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Commentaires et synthèses de documentations utiles en annexe du site de l'agronome philosophe.

Les dragons de l'humanité

ModernitéPosted by opdecamp Wed, February 10, 2016 08:37:03

Pour l'humain face à un dragon Zarathoustra (NIETZSCHE) enseigne les métamorphoses successives de l'esprit en chameau, lion et enfant . Le dragon "Tu dois", maître ou dieu, charge le chameau de lourds fardeaux. Dans le désert le plus reculé le chameau se mue en lion "Je veux" pour vaincre ce grand dragon qui brille de ses écailles de valeurs millénaires. Si sa puissance libère le lion, c'est l'oubli et l'innocence de l'enfant qui est nécessaire à l'esprit pour créer de nouvelles valeurs. L'enfant est alors une roue qui tourne, un nouveau commencement.

La métaphore de ce cycle est identique à celle des réincarnations ou des transmigrations (samsâra) que représente la métempsychose chez les bouddhistes.

C'est sans doute aussi cet éternel retour que ROUX (2014.) envisage de dépasser pour "sortir de ce cycle apparemment sans fin: accumulation paroxystique du pouvoir, brutales remises en question, perpétuelle reconstitution". A chaque nouvelle génération, l'humain ne cesse de succomber aux mêmes faiblesses et bassesses. ROUX (op. cit.) évoque particulièrement l'une des plus immanentes, à savoir "l’opposition entre la nécessaire solidarité au sein d’une espèce sociale et le désir d’avantages individuels".

Le dragon de Zarathoustra peut alors être vu comme un collectif social, un courant de valeurs partagées, un système de pouvoirs, de culture et d'idéologie emmêlées. Ces courants interactifs systémiques émergent comme autant de dragons et subissent leur évolution de génération en génération. Au cours de l'histoire des idées et des peuples, l'espèce humaine s'est toujours partagée entre plusieurs dragons en confrontation.

L'humain constitue "l’apparition de la conscience dans l’univers" ainsi que le pose VERGELY (2015). L'humain pense, veut et développe des téléologies non seulement pour lui-même mais aussi pour son espèce. DAMASIO (2001) considère la raison ou la volonté comme un mécanisme à la fois neurobiologique et culturel qui s'ajoute aux circuits neuraux automatiques et innés de survie lors du développement post-natal. Il se développe alors un "point de vue moral qui, à l'occasion, peut transcender les intérêts du groupe social immédiat auquel appartient un individu, et même ceux de l'espèce."

LATOUR (2005, p.102) propose pour l'histoire humaine une temporalité où les éléments temporels ne se succèdent plus sur l'axe d'une droite du temps mais sur une spirale où celui-ci s'écoule à la manière "d'un cercle en expansion dans toutes les directions".

Le passé n'y est alors plus "dépassé, mais repris, répété, entouré, protégé, recombiné, réinterprété et refait". Et LATOUR de citer SERRES (1992): "nous sommes des échangeurs et des brasseurs de temps". Cette temporalité s'adapte tant sur le plan individuel que collectif et le discours métaphorique de Zarathoustra gagne encore toujours en force.

Références.
DAMASIO Antonio; 2001. L'erreur de Descartes. Paris, Odile Jacob.

LATOUR Bruno; 2005. Nous n'avons jamais été modernes. Essai d'anthropologie symétrique. Paris, La Découverte (poche).

NIETZSCHE Frédéric; 1983. Ainsi parlait Zarathoustra. Édition "Le livre de Poche", Paris, Librairie Générale Française (LGF).

ROUX Marc; 2014. Principe de Réalité. AFT Technoprog <http://transhumanistes.com/archives/1849>.

SERRES Michel; 1992. Éclaircissements. Paris, F. BOURIN.

VERGELY Bertrand; 2015. L’homme-Dieu : éternité, égalité, sécurité. iPhilo <http://iphilo.fr/2015/12/23/eternite-egalite-securite-bertrand-vergely/>.



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Le climat fragile de la modernité

ModernitéPosted by opdecamp Wed, January 20, 2016 10:53:09

Inspiré de FRESSOZ et LOCHER (2010)

Le XVIIIe est le siècle des lumières et marque l'avènement de la modernité. Le climat s'y perçoit progressivement comme un phénomène complexe d'interactions de processus naturels et anthropiques tels que "précipitations, pressions, vents, émanations, topographie, sols, eaux, végétation, lumière, électricité, fumées, etc.". La transformation humaine du climat est admise principalement via l'exploitation forestière et agricole. Elle est d'abord jugée bénéfique avant la révolution française de 1789. Après par contre, à chaque accident météorologique les paysans sont désignés comme coupables d'avoir défriché de "nobles futaies".

Au XIXe siècle la révolution industrielle et l'impérialisme colonial promeuvent les nouvelles disciplines d'hygiène et de médecine légale. Ces dernières considèrent alors la planète comme "un espace médical isomorphe transformé par des gestions environnementales contrastées". Les ouvriers des usines et les habitants des colonies d'Orient ou d'Afrique en portent les stigmates.

Vernois, « La main industrielle », Annales d’hygiène publique et de médecine légale, 1862, vol. 17." (Source: FRESSOZ et LOCHER, 2010, op. cit.)

Toutefois, l’idée d’une transformation anthropique des climats recule définitivement vers la fin du XIXe. En premier lieu, la "révolution pasteurienne" désigne des coupables microscopiques précis à certaines étiologies. Ensuite, le traitement de nombreuses données permet la caractérisation des régions climatiques. De même, les progrès de l'astronomie et de la géophysique expliquent la dynamique des pulsations climatiques et des glaciations par les trajectoires orbitales et la variation des tâches solaires (cycles de Milankovitch). Enfin, l'émergence de la sociologie permet de distinguer les déterminismes naturels de ceux des sociétés humaines. Une déconnexion s'opère scientifiquement entre le climat et l'agir humain.

Milutin Milankovitch, climatologue, astronome et géophysicien serbe (Source: <Wikipédia>)

Une transition vers une post-modernité anti-humaniste s'opère durant la seconde moitié du XXe siècle. Elle établit une nouvelle connexion entre l'humanité et son environnement en général et avec le climat en particulier. La planète devient une sorte de "super-organisme vivant" appelé Gaiä et que l'humanité contamine. Tandis que la théorie du réchauffement climatique anthropique est soutenue par le GIEC (Groupe Intergouvernemental d'Experts du Climat), par la plupart des médias et par les mouvements écologistes ou les économistes néo-malthusiens. La révolution industrielle moderne et les progrès scientifiques ayant permis une forte croissance démographique de l'humanité sont ainsi fondamentalement remis en cause.

Référence citée.

FRESSOZ Jean-Baptiste et Fabien LOCHER; 2010. Le climat fragile de la modernité. Petite histoire climatique de la réflexivité environnementale. La vie des idées. <http://www.laviedesidees.fr/Le-climat-fragile-de-la-modernite.html>






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