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Intensification agricole durable

Développement agricolePosted by opdecamp Thu, August 22, 2013 10:54:55

Voici le point de vue de Tara GARNETT et al. dans la revue "Science" (1) sur l'intensification durable (Sustainable intensification - SI) ainsi que des données techniques et socio-économiques complémentaires dans le rapport du "Montpellier Panel" (2).

L'article de GARNETT est résumé à l'adresse: http://ccafs.cgiar.org/sustainable-intensification-tool-sustainable-food-system-toolbox

Quatre prémisses sont présentées dans le scénario d'intensification écologique de GARNETT et al.:
- (I) Nécessité d'augmenter globalement la production (végétale): pas nécessairement partout. Dans les pays à faibles revenus d'abord, alors qu'ailleurs il suffirait d'augmenter le potentiel de réponse à une demande alimentaire accrue. De manière concomitante, il s'imposerait une modération de la demande en produits laitiers et carnés forts exigeants en ressources.
- (II) La production devrait être accrue par intensification agricole (augmentation des rendements à l'hectare). La mise en valeur agricole de nouvelles terres encore disponibles comme les forêts, prairies et zones humides auraient des effets dommageables par perte de biodiversités et de services "écosystémiques" et par augmentation des émissions de GES (gaz à effet de serre).
- (III) L'intensification durable nécessite de repenser radicalement la production alimentaire pour réduire massivement son impact environnemental. Si une réduction des rendements ou une réaffectation des terres devrait être consentie dans certaines régions, leur augmentation pourrait être envisagée dans d'autres. Le défi doit être relevé de manière adaptée aux conditions et contextes locaux.
- (IV) Le but de l'intensification durable étant défini, il faut établir les stratégies pour l'atteindre: tester et évaluer les méthodes de type conventionnel, agroécologique, organique ou "high-tech" en tenant compte des contextes sociaux et biophysiques.

D'autres objectifs à l'interface avec l'intensification durable sont également discutés:
- (I) Utilisation des terres et biodiversité. Par rapport à une intensification dans une option d'économie de terres, leur partage convivial et intégré entre une agriculture extensive et les biocénoses naturelles doit aussi être examiné. Il y aurait lieu de quantifier le bilan entre des rendements suffisants et des services écosystémiques.
- (II) Bien-être animal. Pour le secteur de l'élevage, l'intensification durable s'impose un cadre éthique qui disqualifie certaines options de productivité outrancière du fait de leurs impacts négatifs sur le bien-être animal (tares congénitales, espace vital, etc.). Toutefois, dans des circonstances de faible productivité due aux maladies ou à une alimentation insuffisante, l'intensification sera bénéfique. Mais, il faut se rendre compte qu'il y a des limites à la satisfaction de la demande et il faut donc réduire la surconsommation de ces produits.
- (III) Qualité alimentaire. L'intensification durable doit préserver et développer la diversité et la qualité particulièrement dans l'alimentation des consommateurs pauvres. Il s'agit de tenir compte de la variété et de la disponibilité des aliments dans les communautés locales, de mieux comprendre l'importance diététique d'aliments "sauvages" pour beaucoup de gens pauvres et d'appliquer les techniques modernes et traditionnelles de sélection aux espèces végétales et animales négligées.
- (IV) Economies rurales. Dans les politiques agricoles, il faudrait identifier les mécanismes d'aide et soutien aux agriculteurs susceptibles d'être réorientés pour encourager l'intensification durable. Il faudrait aussi revitaliser voire réinventer les services de vulgarisation pour fournir un support à cette intensification. Et enfin, il faudrait utiliser les technologies modernes d'information et de communication pour consolider la faculté de résilience des agriculteurs pratiquant l'intensification durable.
- (V) Développement durable. L'intensification durable doit entrer dans l'agenda du développement durable par une politique d'investissement à tous les niveaux considérés.

Le "Montpellier panel" (2) retient 3 axes pour l'intensification durable plus particulièrement pour l'Afrique subsaharienne: l'intensification écologique, génétique et socio-économique. Son rapport fournit des pistes concrètes à suivre et cite quelques techniques préconisées.
Pour l'intensification écologique:
- le micro-dosage d'engrais et la micro-application d'herbicides;
- la gestion économe de l'eau par mini-collecte des eaux pluviales et irrigation localisée;
- les cultures mixtes et intercalaires, les engrais verts, l'agroforesterie, le sylvopastoralisme;
- la lutte phytosanitaire intégrée par des moyens biologiques ou des pesticides plus ciblés et moins toxiques;
- la conservation des sols par les TCS (techniques culturales simplifiées) comme le labour minimal et le maintien d'une couverture permanente;
- le recyclage maximal des matières organiques.
Les perspectives et les acquis de l'intensification écologique déjà pratiquée ne devraient pas cependant pas suffire. La sélection végétale et animale devra également être intensifiée.
L'intensification génétique peut comporter outre les techniques conventionnelles de croisements sélectifs:
- les cultures cellulaires et tissulaires pour la production notamment de vitroplants non infectés;
- les marqueurs de gènes pour accélérer les processus de sélection;
- la transgenèse pour produire des OGM de meilleure qualité nutritionnelle, de résilience accrue aux pestes et maladie, de capacités acquises de fixation de l'azote atmosphérique.
Enfin, l'intensification socio-économique se définit comme le processus de création ou de développement de structures ou d'institutions innovatrices au niveau de l'exploitation, de la communauté, de la région ou de la nation entière en vue d'assurer les droits fonciers, une connexion éfficiente et équitable aux marchés d'amont (intrants) et d'aval (débouchés, commercialisation). Les voies et moyens suivants sont cités:
- la création de banques villageoises de grains;
- les agrofournisseurs villageois;
- les associations d'agriculteurs à capital social;
- les contrats d'exploitation avec une agence centralisée de transformation ou d'exportation;
- la formation et le déploiement de services de vulgarisation;
- la diversification des revenus des ménages par des emplois hors du secteur agricole.

La triple intensification ainsi préconisée est conditionnée par une recherche de techniques plus sophistiquées, d'innovations adaptées, d'investissement plus ciblés, un partenariat privé-public, une participation active et un véritable leadership politique.

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(1) Garnett, T., M.C. Appleby, A. Balmford, I.J. Bateman, T.G. Benton, P. Bloomer, B. Burlingame, M. Dawkins, L. Dolan, D. Fraser, M. Herrero, I. Hoffman, P. Smith, P.K. Thornton, C. Toulmin, S.J. Vermeulen and H.C.J. Godfray; 2013. Sustainable intensification in agriculture: premises and policies. Science, vol. 341: 33-34. Disponible en pdf: http://www.sciencemag.org/content/341/6141/33.full.pdf
(2) The Montpellier Panel; 2013. Sustainable intensification: a new paradigm for african agriculture. Agriculture for impact, Imperial college London: 34 pp. Disponible pour téléchargement en pdf à l'adresse: http://www3.imperial.ac.uk/africanagriculturaldevelopment/themontpellierpanel/themontpellierpanelreport2013



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