Notes d'épistémologie

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Objet de ce blog

Mémos et réflexions épistémologiques en annexe du site de l'agronome philosophe.

Intrusion de l'éthique en sciences appliquées

EpistémologiePosted by opdecamp 25 Aug, 2013 10:59:05

La troisième thèse du positivisme scientifique d'Auguste COMTE (1798-1857) était que la Science devait permettre d'agir sur la Nature à l'avantage de l'humanité. C'est, comme le souligne LECOURT (1), cette notion d'application des connaissances acquises qui a été assignée aux ingénieurs. Leur mission est d'en déduire les applications industrielles, mais COMTE et le positivisme dominant considèrent qu'il s'agit d'un savoir-faire plutôt que d'un savoir en soi. Il s'agit d'organiser la coopération entre la théorie et la pratique. Et, il s'ensuit que les sciences pour l'ingénieur ont un fonctionnement différent de celui des autres sciences. Bernard GUY (2) situe bien les sciences appliquées à l'interface entre la Nature et le Social et remarque que si de nombreux travaux d'ordre sociologique et historique y ont été consacrés, leur étude d'ordre épistémologique est restée très limitée. Par ailleurs, dans la mesure où elles visent un bien pour la société , elles "sont à la croisée de l'épistémologie (validation des sciences) et de l'éthique (validation de l'application des sciences)". Le sens courant du mot "éthique", selon Wikipédia, est celui de "la recherche du bien par un raisonnement conscient" par distinction avec la morale qui est "l'ensemble des normes propres à un individu, à un groupe social ou à un peuple, à un moment précis de son histoire". Il y a dans ce sens courant de l'éthique comme une similitude possible avec l'épistémologie popperienne que GUY met en pratique: "Karl Popper dirait que l'on ne peut connaître la société dans son ensemble ni proposer une vision du bien claire à l'avance pour l'ensemble de cette société". L'analogie avec l'épistémologie popperienne vaut également au niveau du critère de réfutabilité. De même que l'on ne sait pas savoir avec certitude et à l'avance ce qui est vrai mais seulement ce qui est faux, l'on ne sait pas établir nécessairement d'avance ce qui est bien mais seulement ce qui est mal. "La seule chose finalement qui nous reste, qui est objective, rationnelle, c'est le désaccord entre ce qu'on annonce et ce qu'on obtient, que l'annonce concerne un objectif de connaissance (vrai/faux) ou d'éthique (bien/mal)... Il n'y a pas de bien concevable clairement à priori, pas plus que qu'il n'y a de vrai saisissable clairement à priori." Il se pose aussi une question cruciale de savoir sur quoi fonder l'éthique: sur l'Homme, la Nature, la Raison, la Liberté, Dieu? L'action des ingénieurs, la mise en chantier d'un projet, le choix et l'ajustement des conditions initiales s'enclenche sur base d'une hypothèse éthique.
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(1) Dominique LECOURT. La philosophie des Sciences. PUF, 2001. Collection "Que sais-je?"
(2) Bernard GUY. Ethique et épistémologie: convergence entre la démarche épistémologique (chercher le vrai) et la démarche éthique (chercher le bien): point de vue des sciences de l'ingénieur. HAL-SHS, 2012. Disponible en pdf à l'adresse: <http://halshs.archives-ouvertes.fr/hal-00736247/>





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