Notes d'épistémologie

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Objet de ce blog

Mémos et réflexions épistémologiques en annexe du site de l'agronome philosophe.

Mémo 5. Scepticisme popperien

EpistémologiePosted by opdecamp 19 Aug, 2013 19:38:53
Karl POPPER (1902-1994) propose un critère de démarcation entre science et pseudo-science plutôt qu'entre science et mysticisme (positivistes), non pas, comme l'explique VERDANT (1) entre EINSTEIN et ARISTOTE ou DESCARTES mais bien entre EINSTEIN et MARX ou FREUD. Pour les positivistes, ce critère de scientificité est basé sur la vérification empirique d'une théorie, sa vérification par l'expérience. POPPER propose quant à lui un critère quasi-opposé, à savoir celui de la "falsifiabilité" ou "faillibilité" ou de "réfutabilité". Pour lui, l'induction est un mythe et il est impossible de vérifier l'applicabilité d'une théorie scientifique dans tous ses cas. Dès lors, comme le formule LECOURT (2), si " ..de l'ensemble cohérent des propositions qui la constituent on peut déduire au moins un énoncé singulier désignant une épreuve empirique qui pourrait la réfuter", alors une théorie peut être considérée comme véritablement scientifique. POPPER s'oppose donc à toute forme d'empirisme pour vérifier la pertinence d'une loi scientifique: "...si nombreuses que soient les vérifications d'un énoncé, elles ne peuvent justifier la prétention que la théorie explicative universelle est exacte". Si l'induction est réfutée, quel est alors en fait selon POPPER le cheminement de la découverte scientifique?
C'est que la théorie vient avant l'expérience, "c'est le théoricien qui montre la voie de l'expérimentateur". Les vraies théories scientifiques ne sont que des hypothèses provisoires, des approximations de la vérité et le demeureront car le jour où elles seront réajustées (faillibilité) ou rejetées (réfutabilité), par des tests expérimentaux négatifs, elles seront remplacées par de nouvelles qui seront à leur tour provisoires. Comme le souligne VERDANT (1), telle est la méthode déductive constatée et préconisée par POPPER. C'est une épistémologie évolutionniste. Selon FAGOT-LARGEAUT (3), POPPER "chargea l'évolution naturelle de décider quelle théorie est viable, c'est-à-dire adaptée aux faits." La science procède par essais et erreurs, c'est une démarche aventureuse. Dans l'école popperienne, précise FAGOT-LARGEAUT, il n'y a pas d'obligation de cohérence mais bien de liberté, l'histoire des sciences est une révolution permanente. "La vérité prend soin d'elle-même", il ne faut pas avoir peur de se tromper, il y a liberté de conjecturer.
POPPER est certainement un sceptique précise VERDANT, "dans son sens originel et même socratique d'examinateur, d'observateur, de scrutateur".
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(1) André VERDANT. Karl Popper ou la connaissance sans certitude. Ed. Presses polytechniques et universitaires romandes; 1991.
(2) Dominique LECOURT. La philosophie des Sciences. PUF, 2001. Collection "Que sais-je?"
(3) Anne FAGOT-LARGEAULT. La construction intersubjective de l'objectivité scientifique.In: Philosophie des Sciences I. Ed. Gallimard, 2002 (Folio essais).

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