Notes d'épistémologie

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Objet de ce blog

Mémos et réflexions épistémologiques en annexe du site de l'agronome philosophe.

Mémo 7. Le scepticisme antique

EpistémologiePosted by opdecamp 19 Aug, 2013 19:45:18

Source et citations en italiques: AUBENQUE (1), sauf précision complémentaire.

PYRRHON D'ELIS (contemporain d'ARISTOTE) est reconnu comme le fondateur du scepticisme. Il y voit plutôt une quête du bonheur liée à la suspension de tout jugement: ne rien affirmer ou nier. Il se fonde pour cela sur l'indifférence des phénomènes qui en constitue une propriété négative. Il considère donc que leur véritable nature est "non manifeste" et que "la vérité estinaccessible", "située au-delà de l'apparence".

AENESIDEME élargit "la critique pyrrhonienne en l'étendant à la raison elle-même". Il ne peut y avoir de relations de cause à effet ni entre deux objets ou corps car ils sont prisonniers de leur propre nature, ni entre deux incorporels car leur contact mutuel est impossible, ni entre un corps et un incorporel car il doit y avoir homogénéité entre la cause et l'effet. FRANCK (2) précise pour AENISIDEME sur ce point clé que "l’action de deux substances de nature différente l’une sur l’autre, ou même celle de deux substances simplement distinctes, sont des choses dont nous n’avons aucune idée." et que toute relation de cause à effet est une illusion grossière de perception de nos sens. "Mais, d’un autre côté, obligé d’accorder que l’esprit humain conçoit cette relation et ne peut pas ne pas la concevoir, il (AENESIDEME) s’arrête à ce moyen terme, que la loi de la causalité est, à la vérité, une condition, un phénomène de l’intelligence, mais qu’elle n’existe qu’à ce seul titre, et de là le scepticisme absolu en métaphysique."

Sextus EMPIRICUS (3ème siècle) est un médecin philosophe. C'est de son nom que dérive le qualificatif empirique. Il a livré dans son oeuvre "Adversus mathematicos", une somme d'arguments sceptiques contre la science. Au dogme des propositions métaphysiques des sciences exactes, "il veut substituer ... une sorte de science ou d'art, fondée uniquement sur l'observation, sur l'étude des phénomènes et de leurs lois de succession." Mais, comme tel, il ne propose ni fondement théorique ni méthode expérimentale, car "il n'y a rien à apprendre".
Il pousse sa réflexion jusqu'à nier la communication, "car on ne peut comprendre un langage que si l'on a reçu d'avance la clé de ses significations". AUBENQUE (1) en conclut alors que "le scepticisme est "le constat de la dissolution d'une certaine conception du logos,.... un logos non dialectique qui avait désappris sa propre relativité."

La Nouvelle Académie (école platonicienne) se rapproche du scepticisme et lutte contre le dogmatisme ambiant des premiers siècles de notre ère. A propos du probable, cette école fait comprendre que "quel que soit son degré, (il) ne s'égalera jamais au certain et que le raisonnable ... ne se déduit pas d'une rationalité de type logique ou mathématique." Cette école fonde "sur le probabilisme un humanisme pratique".

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(1) Pierre AUBENQUE. Les philosophes hellénistiques (III. Le scepticisme). In: La Philosophie de Platon à St Thomas. Sous la direction de François Châtelet. Marabout, 1979.
(2) Adolphe FRANCK et autres (Hachette, 1875). Dictionnaire des sciences philosophiques/Ænésidème

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